CONSEILS POUR L’AVENIR
Les pays ayant un passé de persécutions religieuses sont plus enclins à fouler aux pieds les droits de l'homme que les pays traditionnellement démocratiques, tolérants et respectueux de la liberté de religion. Aucun gouvernement au monde ne respecte à tout moment les droits de tous ses citoyens. Comme nous l'avons vu, les termes de « liberté de religion », de « culte » ou de « secte » semblent avoir une signification différente selon les pays. Mais le respect du principe des droits de l'homme doit l'emporter. Lorsque la liberté d'expression, la liberté de pensée et la liberté de religion sont opprimées, on crée un climat où le fascisme, la purification ethnique et autres totalitarismes peuvent prospérer.
Comme le suggère le rapporteur spécial des Nations unies sur l'intolérance religieuse à la Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, dans ses rapports sur l'état de l'intolérance religieuse dans le monde, la solution réside dans l'éducation. Dans son rapport d'avril 1999, le rapporteur a recommandé avec insistance que l'on enseigne aux gouvernements et aux individus les avantages d'une opinion objective et impartiale et les intérêts d'une société pluriculturelle. Tout individu et toute minorité a droit au respect et à la protection de l'État.
Les écoles qui n'enseignent pas le respect d'autrui engendrent une génération de dirigeants intolérants, de même qu'une nation qui n'adhère aux principes des droits de l'homme qu'en apparence, tout en continuant à persécuter ceux dont les croyances et les pratiques sont différentes de celles dictées par une élite au pouvoir, perpétue également l'intolérance.
Les établissements scolaires ou universitaires qui défendent et enseignent activement la compréhension et la liberté de religion formeront de futurs dirigeants qui appliqueront ces principes pour le bien de tous. Il est donc essentiel que tous ceux pour qui les droits de l'homme sont importants s'efforcent d'encourager leur enseignement dans les écoles et les universités. Ces droits devraient faire partie de l'éducation de base de tout homme et de toute femme.
Le plus urgent est de militer pour des lois nationales qui proscrivent la discrimination religieuse sous toutes ses formes, y compris la privation d'emploi dans les secteurs publics ou privés au motif de la religion ou des croyances, et de faire adopter ces lois. Ces textes renforceront ainsi les garanties apportées à la liberté religieuse par les constitutions nationales et les lois internationales sur les droits de l'homme.
Il devrait y avoir un médiateur de la liberté de religion ou de croyance chargé de protéger la liberté religieuse dans chaque pays. Le médiateur présiderait un conseil indépendant composé d'universitaires, de membres de religions minoritaires, de membres de religions majoritaires et de représentants du gouvernement qui se sont impliqués dans la défense des droits de l'homme.
Ce conseil pour la liberté religieuse se concerterait avec les organisations de défense des droits de l'homme pour former les policiers, les juges, les enseignants et les fonctionnaires sur les questions relatives à la liberté de religion.
Ce médiateur devrait avoir autorité pour enquêter sur les abus commis par des fonctionnaires, suivre les plaintes et émettre des recommandations auxquelles le gouvernement devrait se conformer.
Il devrait avoir une autre fonction importante. Il devrait intervenir dans les situations de conflit, de désaccord, de bouleversement ou d'incompréhension entre les organisations religieuses et les représentants du gouvernement ou les organisations gouvernementales. Ce médiateur devrait avoir le pouvoir de rendre un arbitrage à la satisfaction des deux parties. Ses recommandations et le résultat final de sa médiation devraient être exécutoires pour les membres du gouvernement ou les agences gouvernementales concernés.
Ses rapports devraient être publiés chaque année et contenir une analyse approfondie de l'état de la liberté religieuse en France. Un tel rôle faciliterait grandement le travail du Comité pour les Droits de l'Homme des Nations unies.
Il devrait également exister un médiateur européen indépendant, rattaché au Conseil de l'Europe, qui s'assurerait que les États membres respectent les traités européens et internationaux sur les droits de l'homme.
Le médiateur européen aurait le pouvoir d'enquêter sur les violations des droits de l'homme, de citer à comparaître et d'appeler des témoins. Il aurait autorité pour suivre les plaintes déposées contre des membres de gouvernements. Ses conclusions seraient publiées et ses recommandations exécutées.
Mettre en place ces mesures accroîtrait considérablement la protection de la liberté religieuse en Europe.
Il est impossible de décrire ici de façon détaillée comment parvenir à ce but.
Mais il y a une chose que chacun peut faire: respecter les droits d'autrui. Et lorsque vous voyez que ces droits sont bafoués, exprimez votre désapprobation. Ne donnez pas votre accord à la discrimination.
L’assemblée générale des Nations unies a décrété en 1994 une décennie pour l'éducation sur les droits de l'homme. Cet esprit doit nous accompagner dans le nouveau millénaire.
« L’action est le seul remède à l'indifférence », déclara Elie Wiesel dans son discours lors de la remise du prix Nobel en 1986. S'adressant à tous ceux qui se sentent concernés par les droits de l'homme, il les exhorta à élever la voix contre les persécutions religieuses, où qu'ils se trouvent, et les avertit que le silence et l'inaction sont le terrain qui permet à l'oppression de germer et de croître.
« Chaque fois que des êtres humains endurent souffrances et humiliations, prenez parti. La neutralité aide l'oppresseur, jamais l'opprimé. Le silence encourage le tortionnaire, jamais la victime. »
Ces mots n'ont jamais été plus appropriés qu'aujourd'hui. |